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Recrutement : un label pour dire stop à la discrimination des seniors

Avoir plus de 45 ans n’est, il faut l’avouer, pas un atout lorsqu’il s’agit de chercher du travail. Pour remédier à cette problématique, le comité du bassin d’emploi (CBE) sud du Val-de-Marne a créé un label qui récompense les entreprises qui embauchent des séniors.

«Son profil n’est pas assez dynamique », « son salaire va être trop élevé », « les managers n’en voudront pas, il est plus vieux qu’eux ! ». Les a priori ont la vie dure en entreprise lorsqu’il s’agit de recruter un candidat qui a franchi la barre des 45 ans. A peine 20 ou 25 ans de carrière et vous voilà propulsé dans la case senior.
 
Une étiquette qui colle à la peau, une étiquette discriminante même disons-le. C’est ce que constate Daniel Pigeon-Angelini, directeur du comité de bassin d’emploi (CBE) sud du Val-de Marne en région parisienne. Cette association qui accompagne depuis 25 ans les demandeurs d’emploi de six villes du sud du 94 (Chevilly-la-Rue, Thiais, Fresnes, l’Haÿ-les-Roses, Villejuif et Rungis) a récemment créé ce label, baptisé emploi 45+, pour justement mettre en lumière ces entrepreneurs qui s’engagent en faveur du recrutement de candidats plus âgés.
 

38% des chômeurs concernés en France

 
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, en France, environ 38% des demandeurs d’emplois sont des seniors. « Du préparateur de commandes au cadre commercial, tout le monde est touché, alors, nous sommes confrontés à des demandeurs d’emplois d’une cinquantaine d’années qui se disent que c’est foutu. Or, des entreprises sont ouvertes pour les recruter ! », encourage le directeur de l’association. 
 
L’expérimentation a été lancée en mars 2019 sur tout le Val-de-Marne. L’écho a été long à venir et c’est depuis l’automne 2019 et l’actualité de la réforme des retraites que ce dispositif déjà opérationnel a été regardé de plus près. « Notre idée, c’est de banaliser l’emploi des plus de 45 ans et de sortir du discours bienveillant sur la transmission du savoir-faire. A 45 ans, ils ont encore 20 ans à bosser, ce ne sont pas des vieux sages ! », ironise Daniel Pigeon-Angelini.
 
Le CBE Sud 94 est aujourd’hui soutenu par plusieurs institutions, notamment la région Ile-de-France, qui dans le cadre de ce label, finance un poste en charge de mettre en relation le vivier de chômeurs de plus de 45 ans avec des recruteurs.
 

Une douzaine de sociétés déjà labelisées

 
Le directeur du CBE sud 94 a démarché les patrons et compte déjà une douzaine de sociétés ainsi que des clubs d’entrepreneurs qui ont été labelisés après avoir rempli un questionnaire et reçus en entretien. Parmi eux, on trouve le transporteur Keolis en recherche de conducteurs de bus expérimentés. « Dans ce secteur le taux d’accidentologie des seniors serait moins fort », rapporte Daniel Pigeon-Angelini. 
 
Plus étonnant, un grand groupe de BTP, NGE, fort de quelque 12 600 salariés en France et à l’étranger, a aussi reçu ce label. Son DRH, Bruno Pavie vient lui aussi briser les idées reçues. « Oui, on peut recruter des ouvriers, des employés ou des techniciens de plus de 45 ans sur des chantiers car d’une manière générale, ils prennent soin de leur santé, ils ont une meilleure hygiène de vie que les générations précédentes », observe-t-il. L’évolution technologique du matériel aussi le permet avec des engins de levage plus souples, des cabines climatisées, des sièges plus ergonomiques.
 
Mais c’est surtout sur les postes d’encadrement intermédiaires sur les chantiers que les seniors ont le plus à apporter. « Quand on embauche un candidat de plus de 55 ans, il est immédiatement opérationnel et la contrepartie, c’est qu’il prenne un salarié plus jeune sous son aile pour le faire monter en compétences », poursuit le DRH. Ce dernier a même récemment recruté un cordiste de 47 ans. « Et pourquoi pas ? On voit bien des alpinistes qui ont la cinquantaine. Au contraire, cette maturité, c’est une valeur ajoutée. Ces gens plus âgés savent prendre du recul face à une situation accidentogène », analyse Bruno Pavie.
 
Quand la force physique s’épuise, l’entreprise, qui dispose de centres de formation, peut aussi orienter ses seniors vers des postes de formateurs par exemple. « Cette politique vis-à-vis des plus de 45 ans, c’est une culture maison. Ce qui nous intéresse c’est la valeur de l’Homme pour ce qu’il est. Et puis, nous avons aussi de gros besoin en recrutements ! », sourit Bruno Pavie. NGE compte en effet embaucher 10 000 nouveaux collaborateurs dans les 5 ans qui viennent.
 
Daniel Pigeon-Angelini espère ainsi convaincre d’autres entreprises comme NGE de rejoindre ce label. Il est déterminé. « On teste et on veut prouver que cela fonctionne ! », confie le responsable qui voudrait en faire un label national « au même titre que les labels Egalité ou Diversité ».

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